Le décret de 2023 a changé les règles : pourquoi les TPE doivent s’adapter dès maintenant

En janvier 2023, le ministère du Travail a publié un décret sur la diversité dans le recrutement des petites entreprises. Beaucoup y ont vu une formalité de plus. Mais c’est un avertissement : les pratiques de recrutement des TPE sont maintenant sous surveillance.
Mais attention à ne pas surinterpréter. Les données dont nous disposons confirment l’existence du texte et son objectif d’encouragement. Elles ne détaillent pas de barème de sanctions propre aux TPE. Ce que vous devez retenir, c’est la direction : transparence sur vos pratiques, élargissement de vos viviers de candidats et attention portée à chaque étape, de la rédaction de l’annonce jusqu’à la décision finale.
Et la discrimination à l’embauche, elle, est déjà punie par la loi, décret ou pas. C’est le vrai risque pour un dirigeant : une annonce mal formulée, un refus mal motivé et c’est votre image employeur qui prend un coup. Dans une petite structure, où chaque recrutement pèse lourd, un contentieux ou un bad buzz local coûte bien plus cher que dix heures passées à revoir vos pratiques.
Pour cadrer votre démarche, vous pouvez consulter les ressources de l’État sur la politique de diversité et d’inclusion, qui donnent le cadre général des engagements publics.
Concrètement, voici ce que le texte vous oblige à regarder en face :
- la définition du profil recherché : est-elle réellement liée au poste ?
- la rédaction de l’annonce : exclut-elle certains candidats sans raison ?
- le choix des canaux de diffusion : touchez-vous toujours les mêmes réseaux ?
- la sélection finale : pouvez-vous justifier vos choix ?
Mon conseil : ne attendez pas un contrôle pour agir. Documentez dès maintenant votre processus. Cela vous protège et cela améliore vos embauches.
La diversité améliore le climat social : ce que la campagne Edenagency révèle sur vos équipes
En mars 2023, l’agence de communication Edenagency a lancé une campagne dédiée à l’inclusion et à la diversité dans les TPE, en mettant l’accent sur son impact sur le climat social en entreprise. L’idée clé : la diversité ne se limite pas aux grandes entreprises dotées d’une direction RH et de moyens importants.
Voir également : Premier recrutement en TPE : éviter les six erreurs qui coûtent le plus cher.
Cette campagne propose des observations de terrain sur le climat social, mais aucune donnée chiffrée. Je ne vous sortirai pas de statistiques d’absentéisme que je ne pourrais pas vérifier. Ce qui revient régulièrement dans les petites équipes, c’est plutôt ceci :
- Cohésion: une équipe mélangée en âge et parcours communique plus clairement, faute de pouvoir se contenter de non-dits.
- Rétention: un collaborateur qui se sent reconnu pour ce qu’il est ne change pas d’emploi aussi facilement. Dans une TPE, chaque départ perturbe l’équipe entière.
- Prise de décision: des perspectives multiples aident à voir ce qu’on ratait avant, particulièrement sur la relation client.
- Légitimité commerciale: vos clients et futurs clients font attention à la manière dont vous traitez vos salariés.
Dans une TPE de huit personnes, un recrutement différent (un senior reconverti, une personne en situation de handicap, quelqu’un d’un autre environnement) transforme bien plus qu’un seul poste. Cela modifie la dynamique collective. Et si c’est fait avec soin, tout le monde en bénéficie.
Attention : recruter quelqu’un de différent puis l’abandonner à lui-même backfire. C’est l’accueil et le suivi au quotidien qui compte, pas les bonnes intentions.
Quatre approches de recrutement inclusif : ce qu’elles demandent vraiment

Je n’ai pas de chiffres fiables sur le coût et le délai de chaque approche en TPE et je refuse d’en inventer. Ce tableau vous montre plutôt ce que chacune de ces démarches vous demande vraiment.
| Approche | Effort pour la TPE | Point fort | Point de vigilance |
|---|---|---|---|
| Diversifier les canaux de sourcing | Faible à moyen : quelques contacts à créer | Accès à des candidats que vous ne touchiez pas | Demande de la régularité, pas un coup ponctuel |
| Réécrire les offres par compétences | Très faible : une heure par annonce | Élargit le vivier sans coût | Exige de savoir ce dont le poste a réellement besoin |
| Entretien structuré | Moyen : préparer une grille de questions | Limite les biais et facilite la comparaison | Demande de la discipline, surtout si le dirigeant aime l’intuition |
| Onboarding adapté | Variable selon les besoins (aménagements, tutorat) | Sécurise la période d’essai et la rétention | À préparer avant l’arrivée, pas après |
Mon conseil : démarrez par les deux premières. Elles coûtent peu et améliorent tout de suite la qualité des candidatures. Les deux suivantes réclament plus d’organisation, mais elles changent une bonne intention en vrai changement durable.
Cinq leviers concrets pour transformer votre processus de recrutement dès 2026
Vous n’avez pas besoin de tout chambouler. Voici cinq leviers que vous pouvez activer, du plus facile au plus engageant.
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- Diversifiez vos canaux de sourcing. Ne vous fiez pas qu’à LinkedIn. Contactez les écoles de quartier, les associations d’insertion, les réseaux de femmes entrepreneures, les clubs de recrutement inclusifs. Une dizaine de relations bien entretenues valent mieux qu’un abonnement à une plateforme de plus.
- Revoyez le libellé de vos offres. Supprimez « jeune dynamique » et expressions du même genre : elles écartent les seniors. Demandez les compétences précises, pas un parcours sans tache. Dites ce qu’il faut faire, pas le CV rêvé.
- Mettez en place un entretien structuré. Posez les mêmes questions à tous les candidats, dans le même ordre et notez les réponses avec la même grille. C’est le meilleur antidote aux biais inconscients et il est gratuit.
- Valorisez les parcours atypiques. Un bac+2 avec 20 ans d’expérience peut surpasser un bac+5 fraîchement diplômé sur certains postes. Posez-vous la question : de quoi ce poste a-t-il vraiment besoin ?
- Adaptez l’accueil et l’onboarding. Si vous recrutez un collaborateur en situation de handicap, préparez les aménagements nécessaires en amont. Désignez aussi un référent dans l’équipe pour les premières semaines.
Un conseil d’un patron à un autre : ne faites pas les cinq à la fois. Prenez deux pour votre prochain recrutement, voyez ce qui change, puis continuez. Dans une PME, faire bien et régulier vaut mieux que tout, tout de suite.
Questions que vous vous posez : réponses directes sur la mise en œuvre pratique
Ai-je l’obligation légale de recruter des profils diversifiés en TPE ?
Le décret de janvier 2023 encourage la diversité dans le recrutement des petites entreprises. Vous n’êtes pas tenu d’embaucher quelqu’un contre votre meilleur jugement et personne ne vous demande de recruter sur quotas. En revanche, la discrimination à l’embauche est interdite et punie par la loi. Votre protection, c’est un processus clair et des décisions que vous pouvez justifier par des critères liés au poste. Pour une situation précise, rapprochez-vous de votre conseil habituel.
Cela va-t-il coûter plus cher en formation ou en aménagements ?
Pas nécessairement. Recruter un candidat issu d’un parcours moins classique ne génère pas de surcoût en soi. Pour les aménagements liés à une situation de handicap, des aides existent, notamment via l’Agefiph et les services d’appui au maintien dans l’emploi. Comparez toujours avec le coût d’un recrutement raté ou d’un turnover : il est souvent bien plus élevé que celui d’un accueil bien préparé.
Par où commencer si je ne sais pas quoi faire ?
Auditez votre dernier recrutement. D’où venaient les candidats ? Combien de temps s’est écoulé entre la publication et l’embauche ? Aviez-vous au moins trois profils différents en entretien final ? Cet état des lieux, fait en une heure, révèle vos points faibles mieux que n’importe quelle formation.
Trois actions rapides et gratuites pour débuter votre transformation inclusive
Action 1 : nettoyez vos offres. Relisez vos trois dernières annonces et supprimez les termes qui peuvent décourager certains candidats (« jeune », « dynamique », « anglais courant » quand ce n’est pas ). Remplacez-les par des critères mesurables : « capable de gérer un portefeuille de 30 clients », par exemple.
Action 2 : ouvrez deux nouveaux canaux. Inscrivez-vous auprès de deux organismes d’insertion locaux (France Travail, Mission locale, association de femmes entrepreneures, structures spécialisées dans le handicap). Transmettez-leur vos offres futures.
Action 3 : formez-vous aux biais inconscients. L’ANACT (Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail) propose des ressources et des contenus pensés pour les petites entreprises. Réservez une heure dans votre agenda, pas plus.
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Pour aller plus loin sur l’accompagnement des petites structures, vous pouvez aussi explorer les programmes de soutien aux PME proposés par l’État.
Ma conviction : en 2026, l’inclusion sera votre avantage compétitif, pas une charge administrative
Après tout cela, je dois vous dire clairement ce que j’en pense : trop de patrons de TPE voient l’inclusion comme une obligation imposée par le droit. C’est se tromper.
Voilà : une TPE se fait ou se défait sur ses gens. Mais vos candidats possibles sont rares – vous n’avez pas le prestige d’un géant ni son budget de recrutement. Si vous refusez délibérément une partie des talents (seniors, profils originaux, personnes en situation de handicap), vous vous limitez davantage que vos rivaux. C’est un poids que vous vous donnez.
Et puis les autres regardent. Un client qui choisit un prestataire inspecte de plus en plus comment ce prestataire soigne ses gens. Un candidat qui balance entre deux jobs consulte les avis, vérifie l’équipe, évalue la culture. Dans les deux cas, une TPE avec une équipe diverse et un recrutement transparent gagne des points.
Je ne vous promet pas des stats spectaculaires – les chiffres solides manquent et j’aime mieux l’admettre. Ce que j’observe : les patrons qui ont bâti l’inclusion comme une pratique, avec des offres nettes, des entretiens organisés et un accueil réfléchi, recrutent sans stress. Ils gaspillent moins de temps en mauvaises embauches.
Ne voyez donc pas le décret de 2023 comme une menace. Voyez-le comme une bonne raison de remettre à plat un processus que vous aviez peut-être hérité de vos habitudes. Commencez petit, cette semaine, par l’audit de votre dernier recrutement. Le reste suivra.
